Finance

La place financière luxembourgeoise s'internationalise

La finance chinoise et islamique s'invitent au Luxembourg

Porte d'entrée de la Bourse de LuxembourgQue la place financière luxembourgeoise attire le capital étranger n’est pas une nouvelle. Désormais, elle s'internationalise davantage avec l'arrivée du renminbi et des sukuk – la monnaie chinoise et un produit islamique financier. Mais de quoi s’agit-il exactement?

Voici un bref aperçu.

L’Extrême-Orient s’invite au Luxembourg

En effet, dans le cadre d’une mission de développement luxembourgeoise récente en Chine, le ministre des Finances Pierre Gramegna a assisté à la cérémonie de signature d’un memorandum of understanding entre la Banque centrale du Luxembourg et la Banque populaire de Chine au sujet d’un "cadre de coopération en vue de la désignation prochaine d’une chambre de compensation pour le renminbi". Prochainement, un des instituts bancaires chinois déjà implantés au Luxembourg sera donc chargé de jouer le rôle de "banque de clearing" pour le marchandage de la monnaie chinoise.

Ainsi, le Luxembourg se positionne comme point d'entrée de la monnaie chinoise sur le marché européen.

A propos banques chinoises: actuellement, quatre des six plus grandes banques chinoises ont leur siège européen au Luxembourg, auxquelles s’ajoutera prochainement l’Agricultural Bank of China. Ainsi se confirme la position de la place financière luxembourgeoise comme place de premier choix pour les entreprises internationales qui veulent se doter d'un siège européen.

La finance islamique - une niche à découvrir

Malgré une demande croissante de moyens d’investissement en accord avec la loi islamique, les places financières en Europe ont été lentes à réagir. Ceci provient du fait que le sukuk reste un produit financier dont le montage est difficile à comprendre, du fait qu'il n'existe pas de concept de prêt à intérêts dans la finance islamique. En effet, seule la Grande-Bretagne est à présent émettrice d’un sukuk sur le sol européen.

Cependant, la Chambre des députés a voté le 9 juillet 2014 une loi qui permet à l'Etat luxembourgeois de s’engager en tant que partenaire dans un sukuk – le premier sukuk qui sera émis en euros. La loi s’était heurtée à des réticences du Conseil d’Etat quant à la structure à développer pour pouvoir émettre un sukuk et quant aux garanties sur l’opération. Finalement, le projet de loi qui a été voté permettra à l'Etat luxembourgeois d'émettre le premier sukuk en euros sur le marché européen. Et de se doter ainsi d'une expertise que peu d'autres places financières peuvent réclamer.

Un sukuk, comment est-ce qu'il fonctionne?

Selon la charia, il est interdit aux musulmans de toucher à des intérêts ou riba. Par conséquent, il est impossible de toucher des rendements à la bourse et de rester en accord avec la loi islamique – sauf par l'intermédiaire d’une participation financière dans un projet. Entrée sur scène des sukuk. Il en existe une panoplie de modèles différents, mais ils fonctionnent tous de la même manière: la vente et revente de biens.

Prenons le cas suivant, prévu par le projet de loi voté le 9 juillet 2014 à la Chambre des députls: l’Etat luxembourgeois vendra, pour 200 millions d’euros, trois immeubles, dont les deux tours flanquant le boulevard John F. Kennedy à Luxembourg-Kirchberg, à un Special Purpose Vehicle (SPV), dont l’Etat reste le seul propriétaire. La société SPV émettra alors des certificats d’une durée de 5 ans équivalant en valeur au prix d’achat des immeubles, certificats qui sont rachetés par des investisseurs islamiques. Ces investisseurs bénéficient alors d’une rémunération régulière sous forme de flux de bénéfices ou de paiements généres, par exemple par la location de bureaux dans les immeubles.

A l’échéance de la période d’émission, le SPV revendra les immeubles à l’Etat luxembourgeois pour un prix identique au prix d’achat. L’argent sera alors retransmis aux investisseurs. Pour l’Etat, il s’agira donc d’une transaction sans impact sur le budget tandis que les investisseurs islamiques auront été en accord avec la loi islamique. Cependant, ces investisseurs n’auront à aucun moment un droit légal sur les immeubles – ceux-ci servent uniquement de véhicule pour faciliter la transaction.

(article rédigé par l’équipe rédactionnelle du portail luxembourg.lu)

  • Mis à jour le 06-05-2015